Le Cœur est aussi féminin

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L’infarctus est spontanément associé à un homme de 50 à 60 ans, fumeur, sédentaire et avec un peu d’embonpoint. Pourtant, les femmes décèdent davantage que les hommes d’une maladie cardiovasculaire… C’est même la 1ere cause de mortalité pour elles !

Au-delà d’être moins protégées, les femmes sont aussi moins bien dépistées, prises en charge plus tardivement et se remettent plus difficilement… Et depuis qu’elles ont adopté les mêmes mauvaises habitudes de vie que les hommes (tabac, alcool, stress, manque d’exercice physique…), elles sont victimes d’accidents cardiovasculaires de plus en plus jeunes… On constate actuellement une nette progression des infarctus chez les femmes de moins de 60 ans.

Et il n’y a pas de fatalité. En étant actrices de leur santé, les femmes doivent se mobiliser avec vigueur, sans plus tarder. 

 

Depuis dix ans, le nombre d’infarctus du myocarde a diminué dans la population masculine. Parallèlement, il a augmenté chez les femmes. Protégées grâce à leur hormones naturelles (oestrogènes), les maladies des artères coronaires apparaissaient chez elles en moyenne 10 ans plus tard que chez l’homme. Mais l’évolution des modes de vie contribue à modifier les choses.

Les femmes ont progressivement adopté les mêmes comportements à risque que les hommes. On note en particulier une croissance exponentielle du tabagisme chez la jeune femme depuis les années 1970. Or, le risque associé au tabac est plus important chez la femme que chez l’homme et ne dépend pas de l’âge : une consommation de 3 à 4 cigarettes par jour multiplie par 3 le risque relatif d’accident cardiovasculaire. Et au-delà du tabac, on observe une fort développement des autres facteurs de risque : consommation d’alcool, manque d’exercice physique, alimentation déséquilibrée, surpoids, stress grandissant, précarité… Ils réduisent eux aussi l’effet protecteur des oestrogènes naturels.

Conséquence : les maladies cardiovasculaires ne sont plus réservées aux femmes ménopausées et concernent aussi les femmes plus jeunes. Les infarctus du myocarde chez les femmes de moins de 50 ans ont triplé ces 15 dernières années ! En particulier, l’association d’une pilule contraceptive contenant un œstrogène de synthèse avec le tabac constitue après 35 ans un cocktail destructeur qui multiplie par 30 le risque d’infarctus !

Une moins bonne prise en charge que pour l’homme

Pour des raisons culturelles surtout, la prise en charge reste médiocre en comparaison de celle de l’homme. Quant une femme ne se sent pas bien et présente un symptôme d’infarctus, son entourage met en moyenne une heure de plus que pour un homme avant d’appeler le SAMU. La maladie cardiovasculaire reste dans beaucoup d’esprits une affaire d’hommes et non de femmes… 

Développer une prévention citoyenne

Une prévention rigoureuse pourrait néanmoins faire reculer le nombre de décès. Elle est d’autant plus importante que les symptômes décrits par les femmes ne sont pas toujours les mêmes que ceux décrits par les hommes. Les médecins doivent être particulièrement vigilants et dépister les principaux facteurs de risque aux trois phases clés de la vie hormonale de la femme : au moment de la mise en place d’une contraception orale, au cours de la grossesse et à la ménopause.

* On parle d’infarctus du myocarde lorsqu’une partie du coeur n’est plus approvisionnée en sang et oxygène, parce qu’une des artères du coeur, les coronaires, est bouchée par un caillot de sang ou une plaque de graisse et de cholestérol.  

 

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Dans un essai mené auprès de 4 000 patients de 32 pays, les femmes qui se plaignent de douleurs thoraciques ont 20 % de chance en moins que les hommes de se voir proposer une consultation médicale.

Elles sont également moins nombreuses à recevoir un diagnostic exact et ont 40 % de chance en moins de se faire prescrire un examen des artères coronaires.

Pourtant, souffrant d'une insuffisance coronarienne, elles ont deux fois plus de risques que les hommes ayant les mêmes symptômes d'être victimes d'un infarctus, voire d’un arrêt cardiaque… !

Enfin, après un infarctus, les femmes ont davantage de risque de décéder ou de refaire un accident cardiovasculaire dans l’année qui suit, comparativement aux hommes. 

Un sur-risque féminin

D’un point de vue anatomique, les artères des femmes sont plus étroites et se bouchent plus facilement. Elles sont aussi plus sujettes aux contractions brutales, ce qui peut perturber le débit de sang que reçoit le coeur.

De plus, les femmes ne reconnaissent pas les signes annonciateurs de l’infarctus. Elles ne sont pas conscientes qu’il n’est pas réservé aux hommes… Et à force de leur avoir répété que les oestrogènes protégeaient leur système cardiovasculaire, elles sont moins attentives aux facteurs de risque sur lesquels elles pourraient elles-mêmes agir. C’est d’autant plus important qu’elles ont désormais adopté le mode de vie et les comportements à risque des hommes…

Une prise en charge plus tardive

Les femmes et leurs médecins ont tendance à sous-estimer les risques cardiovasculaires. D’abord parce qu’elles se plaignent moins que les hommes, plus habituées à la douleur. Ensuite, parce que les signes sont parfois différents de ceux des hommes et peuvent passer inaperçus, minorant l’alerte et la prise en charge.

Autre constat : c’est rarement le mari qui appelle le 15… Les femmes doivent prendre conscience qu’une crise cardiaque peut leur arriver et qu’en cas de douleur, elles doivent agir vite et appeler le numéro d’urgence !

Les résultats sont sans appel : chez les femmes, l’infarctus du myocarde est pris en charge en moyenne une heure plus tard que chez les hommes. 55% des accidents cardiaques sont fatals chez elles, contre 43% chez les hommes. 

Des symptômes différents

Chez les femmes de moins de 50 ans, un infarctus se reconnaît la plupart du temps comme pour les hommes par une douleur vive en étau dans le thorax, qui irradie dans le bras gauche jusqu'à la mâchoire. L'infarctus est souvent précédé de signes avant-coureurs : douleurs dans la poitrine ou dans l'épaule ; palpitations lors d'un effort, par exemple. Ces symptômes sont souvent négligés par les femmes, qui ont tendance à les croire liés au stress.

Après la ménopause, il faut penser au coeur en cas d'essoufflement. Mais ce « manque d’air » peut aussi évoquerde l’angoisse et orienter parfois le diagnostic à tort vers une anxiété ou une dépression…

Les femmes seront également attentives à une altération de leur état général, une grosse fatigue persistante ou un amaigrissement sans cause apparente, signes pouvant révéler une insuffisance cardiaque.

Elles se méfieront aussi de symptômes pris, à tort, pour des problèmes digestifs : nausées, vomissements, sueurs, douleurs dans l'estomac...

Les principaux signes de l'infarctus chez la femme 

  • Une douleur qui apparaît au niveau du thorax et irradie le bras gauche jusqu’à la mâchoire. Ce symptôme classique chez l’homme est néanmoins plus rare chez la femme
  • Des difficultés à respirer
  • Un essoufflement pour des petits efforts de la vie quotidienne, comme monter des escaliers
  • Des nausées ou des vomissements
  • Un malaise ressemblant à une indigestion
  • Des sueurs
  • Une grosse fatigue persistante
  • Une impression de faiblesse
  • Une crise d’anxiété

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La contraception

La contraception à base d’oestrogènes de synthèse, c’est-à-dire la plupart des pilules classiques, favorise la coagulation du sang, donc les caillots. Avant la prescription de la première pilule, le médecin doit réaliser un rapide bilan cardiovasculaire, prenant en compte l’hérédité familiale (notamment des antécédents de phlébite, d’embolie pulmonaire, d’accident cardiaque avant 50 ans…)

Ce contrôle est particulièrement important pour la jeune fille qui fume, car le tabac rigidifie les artères et favorise aussi de son côté la formation de caillots sanguins. Au-delà de minorer la protection naturelle assurée par les hormones féminines contre les maladies cardiovasculaires, l’association pilule-tabac renforce les risques d’obstruction des artères : coronaires, cérébrales, rénales, des jambes…

Après 35 ans, le risque est multiplié. Une pilule contraceptive avec des oestrogènes de synthèse associée au tabac multiplie le risque d’infarctus par 30. Même en ne fumant que quelques cigarettes par jour, il faut absolument opter pour un autre mode de contraception.

La grossesse

Pour alimenter le placenta qui lui permet de nourrir son bébé, le volume de sang de la femme enceinte augmente de manière considérable : de 4 à 5 litres de sang par minute, il passe à 6 à 7 litres ! Pour traiter un volume sanguin plus important, le cœur est en sur-régime. La fréquence cardiaque augmente et les valves travaillent aussi davantage.

Si la majorité des femmes s’adapte sans problème, la grossesse peut révéler une maladie cardio-vasculaire, ignorée jusqu’alors ou l’aggraver. Une étude réalisée auprès de 1 300 femmes de 28 pays européens a montré un risque important lors de la grossesse pour les femmes souffrant de maladies cardiovasculaires.

Le taux de mortalité est 100 fois supérieur à la normale chez les femmes enceintes souffrant de maladies cardiovasculaires, et le taux de mort fœtale 10 fois supérieur à la normale. D’où l’importance de réaliser un dépistage des maladies cardiovasculaire lors de la première grossesse.

La ménopause

Les femmes qui ont connu un épisode cardiovasculaire pendant une grossesse, notamment une hypertension artérielle, doivent rester vigilantes. Plusieurs années plus tard, à la ménopause, un certain nombre d’entre elles connaîtront une maladie cardiovasculaire, avec un risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral augmenté de façon très significative.

De même qu’une hypertension artérielle ou un diabète. C’est évidemment la période la plus critique pour la femme. Elle n’est plus protégée par ses hormones et son risque rejoint celui de son compagnon. De plus, les artères des femmes sont plus petites, plus rigides, plus épaisses après la ménopause.

La femme a tendance à prendre du poids, à avoir un excès de mauvais cholestérol (LDL CT), de triglycérides, un diabète… autant de facteurs qui favorisent le développement des plaques de cholestérol dans les artères, aggravant le risque d’accident cardiovasculaire. La dépression à cette époque de la vie les favorise aussi. La durée de vie s’allongeant, les femmes seront bientôt ménopausées pendant 30 à 40% de leur vie, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux maladies cardiovasculaires. Un risque qui n’est heureusement pas inéluctable, si elles prennent des mesures préventives.

  • Le tabac

Alors qu’on note une exposition exponentielle au tabac chez les femmes depuis la fin des années 1970, ses effets sont plus nocifs pour elles que pour les hommes. Quel que soit l’âge, une consommation de 3 à 4 cigarettes par jour multiplie par 3 le risque relatif d’accident cardiovasculaire. Avant 50 ans, plus d’un infarctus sur deux chez la femme est lié au tabac. L’arrêt total de tabac permet de réduire ce sur-risque d’un tiers à 2 ans et totalement à 5 ans.

 

  • Le diabète

Il augmente le risque de mortalité cardiovasculaire de 3 à 7 fois comparé à 2 à 3 fois chez l’homme, notamment parce qu’il réduit l’effet protecteur des estrogènes naturels.

 

  • L’hypertension artérielle

Entre 40 et 69 ans, la pression artérielle systolique usuelle augmente de 20 mm Hg chez la femme. L’hypertension artérielle est plus fréquente et plus sévère chez la femme âgée, comparativement aux hommes. La tension ne doit pas dépasser 140/90.

 

  • Le cholestérol

L’élévation du LDL cholestérol (le mauvais) est plus fréquente chez la femme de plus de 65 ans. Et un taux bas de HDL cholestérol (le bon) est un facteur de risque de maladie plus puissant chez la femme.

 

  • Le stress

Les facteurs psychologiques (anxiété, stress, dépression) et la précarité sont des situations à risque de maladies cardiovasculaires plus puissantes chez la femme que chez l’homme, par un impact plus défavorable sur le système nerveux autonome. Elles ne sont pas assez prises en compte.

 

  • Le syndrome d’apnées du sommeil

Lors de la grossesse et de la ménopause, il favorise l’hypertension artérielle, le surpoids, le diabète chez la femme, avec leurs complications cardiovasculaires et cérébrales. Il reste sous-dépisté, car ses symptômes sont parfois différents chez la femme.

 

  • La fibrillation atriale

Trouble du rythme cardiaque le plus fréquent, elle provoque la formation de caillots de sang dans le cœur, qui peuvent obstruer les artères. Elle est responsable d’un AVC sur quatre. Symptômes : essoufflement à l’effort, palpitations, douleurs thoraciques, malaises et syncopes…

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